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J 11 - Une matinée d’école au Foyer de l’Enfance (épisode 2)

Mis à jour : avr. 2

Je suis Virginie, psychologue dans un Foyer de l’Enfance.

En cette période particulière de confinement, mes collègues psychologues et moi-même avons été missionnés pour accompagner les enfants dans le suivi scolaire. En l’absence de l’enseignante de l’établissement, il va falloir nous adapter, inventer.

Ce nouveau matin, lorsque j’arrive sur le groupe l’ambiance est électrique, les enfants sont agités, les adultes ne savent plus où donner de la tête. Je dois prendre en charge deux enfants, Jules et Maxime, pour le suivi scolaire. Lorsque Jules me voit (il ne me connait pas), il refuse de venir et je crois que l’idée de faire ses leçons le rebute encore plus. Il se débat dans les bras de son éducatrice. Celle-ci m’informe que depuis ce matin il ne va pas bien. Jules s’allonge au sol, la tête cachée dans les bras.

Je m’approche de Jules et je lui dis « Ok, ce matin pas question de faire classe, ça n’est pas la priorité du jour ! ». J’explique aux garçons qu’en tant qu’adulte, je peine à comprendre ce qui se passe, le confinement, le virus…. Alors comment Jules et Maxime, du haut de leur 6 ans peuvent-ils en comprendre quelque chose? Comment comprendre qu’on ne peut plus voir sa famille, ses amis, aller à l’école, sortir jouer en dehors de l’établissement…Bref, faire tout ce que l’on aime habituellement.

Donc ce matin c’est décidé, on laisse cartables et cahiers et on va juste s’aérer la tête ailleurs que sur le groupe. On pourra faire des dessins, écrire, parler… de ce qui se passe, de ce qu’on vit.

Lorsque nous arrivons dans la salle du pôle d’activité, Maxime s’approche de la fenêtre, il met la main sur la poignée et me dit « je veux partir ! », « Et tu veux aller où ? » « Voir maman ! ». Ouvrir la fenêtre, sortir, cela serait tellement facile. Parler du manque, du possible de s’appeler. Se rassurer avec le fait que demain on pourra avoir la famille au téléphone. C’est une bien maigre consolation, mais cela fait sans doute déjà du bien de le dire.

Jules demande à jouer, il veut les playmobil. Va pour les playmobil ! j’apporte une maison, des voitures, des personnages. Et Jules dit « et si on partait à la mer ? » Bonne idée ! Maxime se joint à nous. Tout d’abord il faut préparer les affaires, remplir les coffres des voitures. Mais les coffres ne sont pas assez grands, « il faudra faire plusieurs voyages » propose Maxime. Et puis, finalement pourquoi ne pas déménager directement la maison au bord de la mer. « Oui faisons ça, déménageons ! » Symboliquement les enfants transportent tous les jouets à l’autre bout de la table. Ça y est nous y sommes. Nous avons quitté le foyer le temps d’une virée imaginaire au bord de l’océan.

Puis arrive le moment de ranger. Je m’approche de Jules, lui qui avant de venir était plein de colère, et je lui demande « Alors ça fait du bien d’être parti à la mer ? ». Jules me regarde et hoche la tête, un sourire aux lèvres.

Une nouvelle fois, je suis fascinée par le pouvoir des enfants. Leur capacité à s’exprimer à travers le jeu, à mettre du sens sur ce qu’ils vivent. A s’évader dans un monde imaginaire. Là où nous adultes, nous serions sans doute restés devant cette fenêtre à nous lamenter de ne pouvoir sortir.

Ce matin-là, Maxime n’a pas pu ouvrir la fenêtre et s’échapper pour aller voir sa « Mère ». Mais avec l’aide de Jules, ils ont pu s’évader en pensée et trouver un peu d’apaisement et de voyage au bord d’une autre « Mer ». Quant à moi, j’ai retrouvé le sens de mon travail !


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