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Une matinée d’école au Foyer de l’Enfance

Mis à jour : il y a 6 jours

Je suis Virginie, psychologue dans un Foyer de l’Enfance.

En cette période particulière de confinement, mes collègues psychologues et moi-même avons été missionnés pour accompagner les enfants dans le suivi scolaire. En l’absence de l’enseignante de l’établissement, il va falloir nous adapter, inventer. Pour ma part, je suis désemparée face à l’ampleur de la tâche. Je ne sais pas par quel bout prendre les choses. Je ne suis pas enseignante, je n’ai pas les méthodes pédagogiques. Comment répondre à la somme de travail envoyée par les enseignants, qui eux aussi sont sans doute désemparés face à cet arrêt brutal de l’école. Comment poursuivre le programme ? Pour ces enfants protégés en difficulté scolaire c’est la double peine ! Et puis sur le groupe d’enfants, les éducateurs ont reçu en une semaine plus de 50 courriels de travaux et devoirs pour la dizaine d’enfants accueillis, très difficile à gérer.

Vendredi, première matinée de « classe » et je me confronte avec violence à la réalité de ces enfants accueillis en Foyer de l’Enfance. Pourtant je les connais bien ces enfants de l’ASE, je les accompagne depuis plus de 10 ans. Mais là, encore un peu plus, je peux constater ce dans quoi ils sont pris dans leur quotidien.

Ce matin-là, je rencontre Sophie, 7 ans. Elle est accueillie sur un groupe de 10 enfants âgés de 4 à 8 ans. Première étape, faire connaissance. Sophie ne me connait pas, car habituellement j’interviens sur la pouponnière. Elle me fuit du regard et semble appréhender ce temps scolaire. Puis elle s’effondre en larmes. Je tente de la rassurer et de comprendre ce qui se passe pour elle. Sophie m’explique alors qu’elle n’a pas réussi à avoir sa mère au téléphone juste avant de venir avec moi. Lorsque je lui dis que sa mère est peut-être sortie faire une course et qu’elle pourra la rappeler après notre temps. Elle me répond en pleurs que sa mère n’a pas d’argent pour acheter à manger.

Alors voilà, ce qui traverse Sophie ! Elle est inquiète pour sa mère. Et cet appel téléphonique, c’est le seul lien qu’elle peut voir avec elle dans cette période de confinement. Comment dans ces conditions, Sophie peut-elle être disponible pour les apprentissages ? D’autant plus que l’école ça n’est déjà pas une évidence pour elle.

Comment mobiliser les compétences de ces enfants qui sont pris dans des préoccupations qui ne sont pas de leur âge ? C’est un travail de dentelle qui nous attend. Il va falloir sortir de cet état d’urgence et remettre la machine à penser en route. Travailler en équipe, inventer !


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