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J 14 - Strasbourg... "Soigner le lien au jour le jour..."

Mis à jour : avr. 2

Les enfants placés sont soumis à de fortes contraintes organisationnelles et émotionnelles : être protégé - un soulagement le plus souvent - c’est aussi s’adapter à la vie collective ou dans une autre famille, à de nouveaux adultes, une nouvelle école, avoir de multiples rendez-vous de visite, de prise en charge, de santé, l’incertitude de l’avenir aussi parfois. Le confinement met en pause une partie de ces contraintes, permet aux professionnels d’être plus disponibles et c’est un bénéfice pour les enfants. Par contre, leur inquiétude sur la situation de leurs parents demeure souvent.


"Dès le début du confinement je me suis sentie très angoissée par apport à mon travail : comment allais-je pouvoir soutenir les équipes, les enfants et les familles ? Comment les gens allaient ils supporter cette situation ? et les enfants qui vivent en collectivités 24h sur 24 ? Faut-il reparler du virus avec les enfants ? répondre à leurs questions ? Organiser des groupes ? Voilà autant de questions que je me suis posées.

J’ai appelé les groupes tous les jours afin que les éducateurs puissent décharger leur angoisse, parler. J'ai réalisé très vite des entretiens avec les enfants par écran interposé. Rapidement, ce sont finalement les éducateurs qui m'ont rassurée : "Virginie, c'est très gentil d'appeler, mais on va bien et les enfants vont bien"

Finalement, les observations réalisées par les équipes ces deux dernières semaines ne sont pas celles auxquelles je m'attendais mais nous amènent à la réflexion.

En effet, pour ces 15 premiers jours, le temps de confinement a été traversé par ces jeunes enfants comme un temps de "pause" dans le tumulte de leur vie quotidienne. Pas d'école, pas de rendez-vous chez l'orthophoniste, la psychologue ou la psychomotricienne, pas de rendez-vous médicaux mais du temps pour se poser, jouer, aller à son rythme.

N'est-ce pas finalement ce dont ces enfants abimés ont besoin ? Un temps hors du temps, sans enjeu, sans devoir lutter pour continuer à se concentrer, à apprendre ?

Souvent je compare la situation des enfants à celle des adultes et je me rends compte à quel point ils sont bien plus courageux que nous. Lorsque nous traversons une crise (émotionnelle, familiale ou autre) nous avons toujours la possibilité de nous arrêter, de nous mettre en arrêt maladie. Les enfants eux ne disposent pas de cette possibilité. Ils traversent des crises terribles, sont séparés de leurs proches et doivent très vite s'adapter sans temps de pose ni de réflexion à la collectivité, à une nouvelle scolarité, au rythme imposé par les adultes.

Et si ce confinement leur offrait "cet arrêt maladie" ce temps de pause dont ils ne disposent pas en général ? Si cela leur offrait la possibilité de se laisser vivre juste un petit temps, sans attente particulière ?

Du coté des éducateurs, en dehors de leurs inquiétudes face à la question sanitaire, ils expriment eux aussi une satisfaction liée à cet écoulement du temps. Ils ont du temps avec les enfants ! Du temps pour lire une histoire, jouer ou regarder un film. Ils ne sont pas obligés de courir entre réunion et rendez-vous, de faire le taxi. Ils peuvent être physiquement et psychiquement avec les enfants.

Enfin du côté des familles, la question est sans aucun doute plus délicate. Il est douloureux pour les parents de ne pas pouvoir voir leurs enfants. Des contacts visuels s'organisent grâce aux ordinateurs et téléphone mais cela ne saurait remplacer le contact physique. Nous, les professionnels, nous les contactons régulièrement afin qu'ils aient la possibilité de parler car beaucoup d'entre eux sont isolés, fragiles. Cela les rassure et ils semblent comprendre en tout cas pourquoi les contacts sont interdits. Ils apprécient d'avoir des nouvelles de leurs enfants.

Les enfants ont besoin de savoir que leurs parents sont en sécurité, nous les rassurons. Une enfant qui sort habituellement avec sa mère toutes les semaines ne souhaite pas lui téléphoner, c'est surprenant. Et si la séparation pouvait être bénéfique pour quelques-uns ? Les visites réveillent chez certains enfants le souci qu’ils ont de la précarité et de la fragilité de leurs parents. Ils les perçoivent très bien à leur niveau de petit enfant et cela les angoisse.

​Voilà pour les observations de ces deux premières semaines, nous nous adapterons jour après jour à ce qui pourra émerger du côté des enfants, des familles, des professionnels sans projeter, sans anticiper, les peurs, les émotions, les besoins, en se connectant simplement à la réalité de chacun. Un jour après l'autre..."


Virginie O. , psychologue au service petite enfance et service des visites médiatisées


Contact : www.programmepegase@gmail.com

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