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Scolarité : double peine pour les enfants placés...

Pour certains foyers de l’enfance, il était déjà compliqué d’avoir du personnel Éducation Nationale avant l’épisode Covid, cela ne va pas en s’arrangeant dans la situation actuelle.


Si pour un parent lambda, la continuité pédagogique imposée par la situation Covid, constitue un nouveau challenge et non des moindres, dans notre secteur de la protection de l’enfance, il prend encore davantage d’ampleur. En effet en groupe d’internat, la gageure consiste à aménager des espaces individuels ou par très petits groupes, dans lesquels les enfants vont pouvoir régulièrement accéder à leur espace numérique de travail scolaire. Pour cela il faut bien évidemment de nouveaux matériels informatiques le permettant, des connexions internet suffisantes et des personnels dédiés pour accompagner les élèves au plus près de leurs apprentissages scolaires en cours.

Pour certains foyers de l’enfance, il était déjà compliqué d’avoir du personnel Education Nationale avant l’épisode Covid, cela ne va pas en s’arrangeant dans la situation actuelle : certains enseignants avouent avoir peur d’être contaminés à leur entrée dans un foyer, d’autres ne souhaitent pas exercer auprès de ces enfants identifiés comme « difficiles ».

Et pourtant, et pourtant s’ils savaient comme ces enfants ont besoin encore plus que les autres d’être soutenus et encouragés dans leur scolarité par des enseignants bienveillants !

J’en étais déjà persuadée auparavant, mais plus encore depuis mon implication au cœur de cette Recherche St EX où je me suis retrouvée embarquée il y a 9 ans et pour 9 ans de travail de recherche. Dans cette étude, en matière de scolarité, les derniers résultats 2019 sont éloquents : 13% des élèves ont réussi leur Diplôme National du Brevet (85% des élèves de 3ème en population générale), 17% ont obtenu un Bac (la moyenne nationale se situant autour des 80%). Au-delà de ces chiffres qui montrent toute la difficulté pour ces enfants à être disponibles psychiquement pour apprendre alors qu’ils ont tant d’autres choses à gérer au quotidien, à se montrer conforme en classe et en cour de récréation, à comprendre l’intérêt pour leur avenir ne serait-ce que de savoir lire, écrire et compter, ce que je voudrais partager avec vous, ce sont toutes les petites histoires qui les font mentir :

Celle d’abord de ce directeur d’une école voisine, qui s’évertue à trouver encore et encore davantage d’arguments pertinents, afin de convaincre une de ses élèves, suivie par l’ASE, de l’intérêt de l’école. Son projet de vie à elle, c’est de se marier et d’avoir des enfants, « pas besoin d’école pour ça » dit-elle. « Et comment tu pourras aider tes enfants dans leurs devoirs ? et puis il faudra savoir lire les mots des maîtres dans le cahier de liaison… », « Je demanderai à mon frère, ou à mon mari », « Et s’ils travaillent, tu devras attendre leur retour, y compris s’ils rentrent tard ? », « tu ne voudras pas leur lire une histoire, de temps à autre à tes enfants ? », « Faire de la pâtisserie avec eux à l’aide d’une recette ? »… Trouver encore et encore de nouveaux arguments pour qu’elle ne désinvestisse pas complètement le scolaire et qu’elle y trouve un intérêt personnel. Il ne la laisse pas tomber. A chaque fois qu’il en a l’occasion de manière individuelle et quelle que soit la matière qu’il est en train d’enseigner à ses élèves, il fait le lien en souplesse, parfois avec humour, entre son projet de vie à elle et ce que la classe est en train d’aborder. Il ne lâche rien, il ne lâche rien… il ne la lâchera pas tant qu’elle est élève dans cette école et c’est tout à son honneur !

Celle ensuite de cette équipe enseignante toute entière qui a su accueillir d’une manière tout à fait délicate et adaptée une enfant placée en famille d’accueil au sein de l’école primaire de mon quartier. A la rentrée ils ont bien vu qu’elle arrivait en marchant sur la pointe de ses pieds, qu’elle avait une allure dégingandée et une démarche un peu bizarre. Mais avec toute leur bienveillance et après s’être renseignés afin d’évaluer ses fragilités, son intégration dans son groupe classe s’est fait sans heurt, dans un dialogue constant avec sa famille d’accueil (peut-être aussi avec sa famille, je ne me suis pas permis de me renseigner). De loin, je l’ai vue au fil des mois, des années passées dans cette école s’épanouir auprès de ses camarades (qu’elle avait fort nombreux en dernière année) et de ses enseignants (à qui elle s’adressait de manière tout à fait détendue et respectueuse), elle était devenue une élève comme les autres. Une élève comme les autres. Et je gage que quels qu’ont pu être ses résultats scolaires, les appréciations auront mis en évidence son envie d’apprendre, de bonne augure pour la suite… Bravo à cette équipe pour cette si belle réussite.

Celle enfin de cet enseignant d’école primaire admirable, qui prend un enfant dans sa classe de CM1, alors que l’élève n’en a vraisemblablement pas le niveau, parce qu’il le suivait déjà en CE2 et qu’il le seul à être toléré par la mère (aidé en cela par la directrice qui lui laisse la main sur cette situation). Cette mère par le passé, est déjà partie en errance avec son enfant sous le bras. En petite section, l’enfant avait déjà 3 écoles maternelles à son actif. A chaque fois qu’une enseignante ou la direction lui faisait une remarque, prodiguait un conseil, l’enfant se voyait changer d’école… jusqu’à leur départ, dans une autre région de France pendant quelques années, puis un premier retour en Maine-et-Loire, suivi d’un déménagement précipité dans le Rhône en milieu de scolarité CE2. Lorsqu’ils reviennent dans la région à la rentrée suivante, Thibault intègre la même école primaire que précédemment, où la directrice choisit de privilégier la continuité pédagogique pour cet enfant plutôt que de lui proposer un nouvel enseignant inconnu. Et ça a bien fonctionné : l’action rassurante et sécurisante de l’enseignant connu de Thibault a permis à l’enfant d’acquérir certaines compétences fondamentales dans le scolaire et dans sa socialisation également… après 6 écoles en 6 ans.

Et si vous aussi vous avez des petites histoires qui font mentir ces chiffres, vous voulez bien les partager avec nous ?

Mireille

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