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J 17 - Plus de rires que de pleurs...

Le bouleversement du confinement oblige à regarder les enfants autrement et à revoir nos priorités...


J17

Voilà 17 jours que le confinement a démarré et il va durer encore quelques temps. 15 jours de plus ? 30 ? Plus encore ?

De folles rumeurs courent sans que personne ne sache vraiment puisque nous n’avons jamais vécu cela.

Au Foyer Départemental où j’ai le plaisir d’exercer, les adultes ont du se réorganiser : changement des rythmes en Internat afin de baisser le nombre de passages, télétravail pour tous ceux dont la mission le permet, suivi téléphonique des enfants rentrés au domicile familial à la suite de la fermeture des accueils de jour, réorganisation de la cuisine centrale, optimisation des services financiers et des RH, permanence de l’équipe de direction, découverte des moyens de communication en visioconférence…

Tout notre quotidien a dû être repensé.

Le Foyer de l’Enfance s’est mis en ordre de bataille puisque ”c’est la guerre” nous a déclaré notre Président de la République.

Plus personne ne rentre ou ne sort s’il n’est pas essentiel à la vie quotidienne. Et moins nous sommes présents en ensemble, moins nous risquons d’être les vecteurs du fameux virus.

Les équipes se serrent les coudes au bénéfice des enfants.

Tous les personnels libérés de leurs obligations quotidiennes sont en réserve.

Un peu comme dans la garde impériale où les corps fourbus qui ployaient dans l’adversité sans jamais rompre étaient parfois relevés par d’autres corps qui vieillissaient avant l’âge sous le poids du barda. Tiens, ça me rappelle cet extrait de l’Aiglon d’Edmond Rostand :

” Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,

Sans espoir de duchés ni de dotations;

Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions;

Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne

De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne;

Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,

Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,

Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette,

De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète;

Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y,

Sac, sabre, tournevis, pierres à feu, fusil,

-Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres!-

Ont fait le doux total de cinquante-huit livres. ”

Ils ressemblent à ceux-là nos éducateurs : toujours debouts malgré les coups de Trafalgar et parfois la mal considération de ce corps médico-social qui est en arrière-main du personnel hospitalier tout en étant soumis aux mêmes charges, obligations et devoirs. Quel exemple d’abnégation parfois. Souvent même. Juste pour le bien-être des enfants.

Et c’est dans ces instants que l’extraordinaire se construit : le Foyer poursuit ses missions d’accueil et de sécurisation réussissant pour l’instant à passer à travers la crise sanitaire grâce au professionnalisme des équipes éducatives et à l’omniprésence des personnels infirmiers.

Et la semaine prochaine, il ouvrira même deux groupes supplémentaires. Des groupes éphémères pour accueillir les enfants qui, à l’extérieur, subissent des carences éducatives trop importantes pour ne pas mériter une mise à l’abri et une réponse sociétale.

Les gestes barrières sont devenus pluri-quotidiens et le contrôle systématique des températures de chacun est même parfois pratiqué par certaines équipes qui cherchent à se rassurer.

Oh, je ne vais pas vous dire que le virus n’a pas tenté quelques incursions : ici une toux, là-bas une fièvre, plus loin des maux de tête et aussi quelques maux de ventre mais généralement jamais plus de 24h.

La machine jamais éprouvée à l’épreuve d’une crise de cette ampleur grince, hoquète, toussote, se grippe un peu mais ne rompt pas.

Et les enfants dans tout cela ?

C’est le temps d’une pause.

Le soleil est présent presque chaque jour – même s’il fait froid dehors – et accompagne leurs journées hors du temps.

Quelques devoirs viennent émailler le quotidien de certains mais la plupart du temps, nous entendons plus de rires que de pleurs.

Ils vivent ce confinement comme de grandes vacances dont ils ne connaissent pas la fin et arrivent même à oublier, pour certaines et certains, leurs parents ou leur handicap.

Ils vivent très bien l’absence d’école et des suivis médicaux auxquels certains sont soumis en continu.

Virginie, la psychologue se demande comment elle peut aider tout ce petit monde.

J’échange avec elle et nous concluons qu’ils n’ont pas besoin d’elle actuellement.

”Donc je ne sers à rien !” dit-elle en rigolant.

Non, en effet, pas pour l’instant. Et après !?

Après, rien ne sera comme avant.

En tous les cas, nous ne travaillerons plus comme avant.

C’est évident.

Il faudra repenser tout notre fonctionnement.

Certes, l’enfant a toujours été au centre de nos préoccupations.

C’est même le propre de notre métier. Mais est-ce que nos pratiques sont toujours en adéquation avec notre volonté ?

Ce sont les enfants et leur insouciance qui, aujourd’hui, viennent les questionner.


Lionel AUZET, responsable Service Petite Enfance, Foyer de l'Enfance de Strasbourg


Contact : www.programmepegase@gmail.com

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