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J 22 - Là, tout n'est que calme, paix et tranquillité ...

Mis à jour : avr. 17

Et si le confinement se révélait un traitement des troubles de l'attachement ?


Cela fait 3 semaines que je suis loin de mon équipe. La réorganisation du travail au sein du CDEF me contraint d’aller soutenir les enfants sur la continuité scolaire dans un autre service que le mien. Et pour des raisons sanitaires, nous évitons de multiplier les contacts d’un service à un autre. Me voilà donc confinée dans un autre service !

Ma collègue Aurore, puéricultrice, est confinée chez elle pour des raisons de santé, elle nous manque. Myriam, notre coordinatrice, est notre trait d’union avec la pouponnière. Tantôt en télétravail, tantôt auprès des collègues, elle fait aussi le lien avec les familles. Mais chacune de notre côté, loin de tous, nous avons l’envie de retisser un semblant de travail ensemble. Alors c’est décidé, aujourd’hui nous allons tenter un appel en visio pour prendre des nouvelles. Cette semaine nous irons voir les Koalas et la semaine prochaine les Pandas.

14h, tout le monde est au rendez-vous. Le café virtuel est prêt. Il ne faut pas perdre les bonnes habitudes ! Même le chocolat est de la partie. Sur l’écran les visages se dessinent, c’est un plaisir de revoir tout le monde. On prend des nouvelles des adultes. Certaines sont malades, sans doute ce maudit virus ! D’autres sont venues renforcer l’équipe.

Puis vient le tour de prendre des nouvelles des enfants. Comment vivent-ils ce confinement ? l’absence des rendez-vous kiné, CMP, orthophoniste...Et bien finalement pas si mal. Evidemment tous les troubles n’ont pas disparu. Mais un en particulier semble s’être apaisé, celui dont on parle beaucoup en réunion pluridisciplinaire. Le premier de celui qui touchent les enfants que nous accueillons… Le fameux trouble de l’attachement. Comment est-ce possible ?

Pour trouver un petit bout de réponse, il suffit d’écouter mes collègues auxiliaires. Moi j’adore les écouter me parler des enfants. Je suis toujours admirative en réunion d’équipe d’entendre la qualité de leurs observations.

Cela fait donc 4 semaines que la pouponnière vit en vase clos. Dans un rythme vacances, voire mieux que des vacances. Plus un seul rendez-vous, si ce n’est celui de se retrouver après une bonne nuit de sommeil. Plus besoin d’enchainer les toilettes du matin pour être prêt pour l’école, le jardin d’enfants, le Centre Médico Psychologique… « L’agenda, ça fait des semaines qu’on ne l’a pas ouvert ! ». Et ça fait quoi de ne plus courir après le temps ? « Ça fait du bien ! ».

Finalement ce virus oblige le service à repenser la prise en charge. Le sureffectif habituel n’existe plus (certains enfants ont quitté la pouponnière tout au début du confinement), les adultes sont en nombre et peuvent répondre aux besoins primaires des enfants. Je devrais même dire AU besoin primaire des enfants à savoir « la sécurité de base » de par leur plus grande disponibilité. Les collègues pensent le quotidien, mais différemment. Loin de moi, mais si proche par la magie des écrans, je vois Nathalie découper des décorations de Pâques, « ça met de la gaieté ! ». Le stress du quotidien est mis de côté, même si un autre stress n’est jamais loin (le virus plane). On a le temps de penser des activités avec les enfants, là où habituellement mes collègues enchainent le quotidien.

En les écoutant je me dis, « Et si nous étions dans l’erreur le reste du temps ?! ». Lorsqu’un enfant arrive à la pouponnière, il passe sous le regard expert de tous les professionnels. De là s’en suit un ballet de préconisations, de bilans médicaux, psychologiques… Les enfants enchainent les rendez-vous, pourtant nécessaire au regard de leurs troubles, de leurs besoins. Mais ces rendez-vous créent des ruptures, génèrent de l’insécurité, réveillent sans doute de nombreux traumatismes. Et si la priorité était ailleurs ? Ne faudrait-il pas d’abord penser la sécurité de base ? Oui, mais Comment ? Peut-être en prenant le temps, en s’ajustant au temps de l’enfant, en renforçant les équipes plutôt que de se soumettre aux contraintes budgétaires, en limitant l’accueil en sureffectif…

Et puis cela nous rappelle que les troubles de l’attachement sont par définition intermittents, puisque le système psychique de l’attachement (où est mon havre de sécurité ? qui va s’occuper de moi ? quand est-ce que je vais te retrouver ? ) ne se met en alerte que lors des séparations et des changements de personne et de lieux. Là, tout est stable, ce sont « mes » maternantes qui s’occupent de moi et je ne change pas de lieu : no stress !

Lorsque nous aurons la chance de nous retrouver en réunion d’équipe, je pense que nous réfléchirons le projet des enfants différemment. Et peut être reviendrons nous à l’essentiel !

Virginie, psychologue sur la pouponnière du CDEF du Maine et Loire.

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