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J-longtemps... Et maintenant...

Et maintenant.

Nous voilà déconfinés ou presque.

Et il ne s’agirait pas que nous soyons déconfits.

Nous avons été, pendant deux mois, reclus dans nos établissements, placés sous cloches pour éviter cette propagation qu’on nous annonçait sans précédent.

Elle le fut et nos collègues qui sont montés en première ligne dans les hôpitaux pourraient en témoigner.

Si ce n’est que, touchés au plus profond de leur être, ils préfèrent vous parler de la vie, des oiseaux dans les arbres et des fleurs dans les champs plutôt que revivre encore le traumatisme de ces semaines hors normes et hors du temps.

Et nous ?

Nous avons fait ce que nous savons faire de mieux: protéger ceux qui nous sont confiés sans compter l’énergie que cela nous demandait de mobiliser.

Et maintenant ?

Nous voilà désormais le jour d’après.

Le moment de faire les comptes et les bilans.

Pour les premiers, nous allons faire confiance aux services des finances et des RH.

Les premiers additionnent et totalisent. Les second décomptent les heures et les contrats en renfort.

Au final, cela nous coûtera cher. Nous le savons.

Mais il fallait bien cela !

Et si nous nous en tenons aux déclarations tonitruantes des personnes qualifiées qui émettent des avis et s’autorisent à penser dans les milieux autorisés chers à Coluche, le coût global à l’échelle de la Nation sera entre 250 et 650 milliards d’euros.

Les spécialistes de la spécialité apprécieront les 400 milliards de différence.

Et maintenant.

Nous tous dans tout cela ?

Tentons de tirer un bilan rapide de cette aventure.

Nous avons changé notre manière de fonctionner et nous avons appris à nous débrouiller sur les réseaux de visiophonie pour garder le contact entre les usagers, les familles et les professionnels.

Cette pratique encore impossible il y a 30 ans a révolutionné nos habitudes.

Et pour certaines et certains nous a obligé à apprendre en quelques jours l‘usage des outils multimédias que nous regardions parfois encore d’un peu loin.

Nos réunions sont devenus Zoom.

Nous skypons à longueur de journée depuis n’importe quel endroit où nous nous trouvons à n’importe quel moment où a lieu l’appel.

Les bureaux sont vides et les salles de réunion résonnent de nos absences.

Sur le terrain, au plus proche des personnes qui nous sont confiées, les professionnels aussi ont appris à faire différemment.

Les agendas de premier ministre qui étaient ceux de nos chers têtes blondes ont fait place à l’insouciance de l’enfance et à une réinvention quotidienne de la vie en collectivité.

A peine perturbés par une reprise de scolarité en petits pointillés, les enfants de la Petite Enfance ont appris à se débrouiller sur leur vélo sans les petites roues rassurantes qui étayaient leur équilibre.

Ceux de l’Enfance ont redécouvert les plaisirs des jeux de société et les plus grands ont appris l’autonomie scolaire et intellectuelle en suivant avec sérieux ”l’instruction” obligatoire menée à distance par leurs professeurs également confinés.

En fait, l’enfant a repris toute sa place d’enfant pour grandir en toute sérénité.

Et cette parenthèse fut très profitable pour la majorité.

Et maintenant.

Les adultes que nous sommes cherchent à rétablir un fonctionnement dit normal.

De phase 1 phase 2 et de phase 2 en phase 3, nous déconfinons, nous rallumons les lumières, nous remettons du charbon dans la chaudière, de l’essence dans le moteur.

Mais devons-nous recommencer comme avant ?

Les enfants nous disent non parce que leur vie suspendue a été bénéfique à plus d’un point.

Et nos professionnels de terrain qui ont retrouvé le véritable sens de leurs mission les rejoignent sur bien des sujets.

Et maintenant.

Et si nous réinventions le quotidien ?

Et plus encore : notre avenir ?

Allez, chiche ?


Lionel AUZET, chef de service Petite Enfance, Foyer de l’Enfance du Bas-Rhin

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