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J 39 - Ce blog me passionne et me met le cerveau en ébullition…

Mis à jour : mai 12


Bien qu’en retraite depuis trois ans, mon travail d’infirmière à la pouponnière pendant 29 ans m’habite encore...


Et là, de lire ces posts sur les visites médiatisées par la vidéo à distance, le post sur les enfants qui pensent leurs parents morts parce qu’ils n’ont plus de nouvelles, tout cela me rappelle tellement de souvenirs… Toutes ces situations qui faisaient mon quotidien au travail reprennent une actualité extraordinaire.


Je rêve que nous ayons pu expérimenter plus tôt ces technologies de vidéo à distance dans la gestion des liens entre ces parents et ces bébés. Je trouve incroyable qu'en cette période de confinement obligé, chacun, cherchant à vaincre ce qui nous sépare, trouve des façons nouvelles de communiquer, innove, observe et, tout à coup, constate des phénomènes non prévisibles. Pourtant, à les lire, avec l’expérience et le recul, cela s'explique et se comprend bien. Au fond, c’est très logique !


Le fait que les visites familiales des enfants du Foyer de l’enfance puissent avoir lieu avec leurs parents grâce à l'écran pourrait paraître artificiel et compliqué. Mais, finalement, ce moyen moderne protège de l'intrusion de certains parents ou tout du moins d'une mauvaise adaptation dans les réponses aux besoins de l'enfant. Cet écran tempère le risque d'intrusion dans son rythme de vie, évite un portage insécurisant, protège d'odeurs parfois difficilement supportables C’est ce que nous tentions déjà de faire lors des visites médiatisées mais j’imagine bien comment aujourd’hui cet outil facilite les choses.

Je pense aussi à certains parents ayant des troubles psychiatriques, bien souvent ces mamans sont contentes de venir voir leur bébé, elles ne souhaitent rien d’autre, c’est leur façon minimaliste d’être mère, venir à la visite et le contempler. J'ai vu des visites où l'infirmière accompagnante insistait pour que la maman prenne son enfant dans les bras alors que cette dernière regardait son bébé et ne demandait pas plus.

Je pense à des visites de père ou mère violents, hurlant, menaçant, et où le personnel était inquiet et donc l'enfant aussi... Nous sentions leurs petits corps se contracter contre nous sous les menaces.

Je revois toujours ce petit garçon, Julien, qui faisait ses premiers pas, il était touchant. A la visite de sa maman, on était content d'annoncer à sa maman qu'il marchait, la maman était rentrée dans la salle de vie des enfants...et Julien reconnaissant sa maman s'était littéralement écroulé, de toute la visite, ses jambes étaient en coton. Dès la fin de la rencontre, Julien, une fois revenu dans son groupe avait repris la marche - Cet enfant avait été jeté bébé par sa mère sur le canapé - ....Il avait gardé dans toutes les fibres de son corps la mémoire de ce geste d'une violence extrême et aujourd'hui je me dis qu'il aurait fallu attendre plus de temps avant qu'il ne revoit physiquement sa maman. Alors peut-être le support écran aurait été une alternative, l'enfant étant alors soutenu dans la rencontre par un psychologue. La distance de l’écran serait nécessaire dans ces situations de syndrome post-traumatique. On l’observe très bien chez les bébés mais c’est rarement reconnu et nommé aussi jeune. L'enfant revit des scènes traumatisantes qu’il a connues, d'autant plus angoissantes qu'il a déjà intégré le contraste que d'autres personnes bienveillantes prennent soin de lui, qui le touchent avec respect, douceur et bienveillance.

Durant les visites, nous constations souvent des mamans qui avait un portage maladroit et sans sécurité pour les bébés, même si la personne qui accompagnait la visite les guidait, les conseillait. Elles n’en tenaient pas toujours compte. Mais la présence de la référente de l’enfant qui guidait la rencontre sécurisait le petit, il vérifiait sa présence, était attentif à sa voix et pouvait se réconforter dans ses bras. Dans ces situations-là aussi, les visites avec le support de l’écran peuvent certainement être utiles.


Concernant le stress des enfants sans nouvelles de leurs parents j'ai retrouvé dans mes souvenirs les histoires des enfants qui se restauraient après leur admission à la pouponnière et qui dans un second temps du fait de l'absence de leurs parents, qui ne venaient pas aux visites ou étaient incarcérés, se dégradaient, s'inquiétaient pour eux, avaient peur qu'ils soient morts. Nous en parlions souvent avec notre cheffe de service qui était très attentive à ces éléments. Nous avions remarqué qu’en cas d’absence prolongée un appel téléphonique soutenu par l'adulte référent n'était pas suffisant, ne prenait pas sens dans la tête du petit.

Effectivement, à travers l'écran, l'enfant voit ses parents bouger, parler, reconnaît leurs expressions et ne conserve que les bonnes choses. Il reste que le plus destructeur pour les enfants placés reste le silence des parents qui ne donnent ni nouvelles, ni coups de fil, n’honorent pas les visites et ne répondent pas quand on les appelle. Là, la vidéo ne sera pas plus possible et ça n’y changera rien…


Dans les autres posts ou les interviews, les observations sont incroyables, car l'enfant étant moins sujet à des inquiétudes profondes lors de la visite, inquiétudes renouvelées chaque semaine parfois, peut se restaurer profondément. Il peut vivre sa petite vie d'enfant plus calmement profitant des soins quotidiens des auxiliaires puéricultrices, tout en ayant une image bonne de ses parents, derrière l’écran. Bien sûr cela servira de référence lors des « visites en vrai » et permettra de comparer.

Pour les auxiliaires, le travail certes pas simple en cette période de déstabilisation du fait de l’épidémie, apparaît plus posé, avec moins de mal être chez les petits. Les rituels du quotidien calés en fonction des besoins des petits (repas, bain, sieste, jeux...) rassure l'enfant mais crée aussi un cadre rassurant pour les professionnels.


De toutes ses observations, j’imagine, comme nous le faisions, que cela va alimenter les réflexions avec les équipes, permettre d’en tirer des enseignements et pouvoir sans doute plus tard, inventer un éventail de propositions pour les visites des parents en dehors des contraintes de l’épidémie. Selon chaque histoire familiale, décider en équipe, s'il est opportun que l'enfant revoit tout de suite son parent en vrai ou par ordinateur interposé.

Repérer quand l'enfant a acquis un minimum de sécurité émotionnelle pour revoir ses parents en présentiel.

L'écran pourra aussi être un support pour faire visiter aux parents la chambre de leur enfant, le lieu où il vit, le montrer dans ses jeux, etc…créer du lien.


Marie-Noëlle


Lire aussi sur ce blog au sujet de l'intérêt des visio-visites familiales ou visio-conférences numériques pour le maintien des liens en Protection de l'enfance :

Les enseignements du confinement

https://www.programmepegase.fr/post/j-25-les-enseignements-du-confinement


L'écran, un espace de rencontre

https://www.programmepegase.fr/post/j-47-l-%C3%A9cran-un-espace-de-rencontre


Ma mère va être toute seule

https://www.programmepegase.fr/post/ma-m%C3%A8re-va-%C3%AAtre-toute-seule

Interview de Christine sur le continuité du service public en Protection de l'enfance (dont les visites numériques en visio

https://www.programmepegase.fr/post/interview-de-christine-la-continuit%C3%A9-du-service-public-en-protection-de-l-enfance


Lettre d'un premier de tranchée

https://www.programmepegase.fr/post/lettre-d-un-premier-de-tranch%C3%A9e


Les liens dans le bouleversement numérique

https://www.programmepegase.fr/post/j-23-les-liens-dans-le-bouleversement-num%C3%A9rique


Ce blog me passionne et me met le cerveau en ébullition

https://www.programmepegase.fr/post/j-39-ce-blog-me-passionne-et-me-met-le-cerveau-en-%C3%A9bullition

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