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J 24 - Avoir soin de prendre soin, ...

Mis à jour : avr. 17

Je suis puéricultrice à la pouponnière depuis 10 ans. Le mardi 17 mars, pour raison de santé, le médecin du travail décide que je serai en arrêt pour toute la durée de l’épidémie de Covid-19...

Je pars ce jour là avec la culpabilité de quitter le navire en laissant les collègues et les enfants.

Heureusement je sais que Margot, une collègue infirmière avec laquelle j’ai apprécié de travailler en binôme, va prendre mon relais à la pouponnière. Nous prenons un temps de transmission. Sur la santé des 15 enfants présents et qu’elle ne connait pas. Mais aussi sur tous les petits détails qui font mon quotidien. Ce petit garçon qui me touche beaucoup et qui apprécie de passer du temps au calme dans le bureau, ce bébé qui a de fortes tensions corporelles et qui a besoin de portage, ce père qui a demandé comment allaient se passer les prochaines vaccinations de son fils…

De retour chez moi je n'arrive pas à me projeter pour la suite. Il est inimaginable pour moi de ne pas avoir de lien avec le travail durant tout mon arrêt. Je ne suis pas malade mais cet éloignement peut durer un certain temps. Je suis puéricultrice, je sais prendre soin, alors comment inventer cette fonction à distance ?

Dès la première semaine je suis sollicitée pour répondre aux questions des assistants familiaux chez qui certains enfants ont pu partir dès le début du confinement. Puis j’ai quelques appels en visio avec les collègues auxiliaires ce qui me permet de faire un petit bonjour aux enfants. Nous échangeons également par mail pour quelques questions plus spécifiques.

Mais les temps d’échange me manquent, réunions formelles, ou temps informels autour d'un café. Mon bureau est le point de ralliement pour le café, et le chocolat ! Ou plutôt les chocolats, au moment de mon départ il devait y avoir une dizaine de tablettes ! Ce temps informel permet d’échanger, de partager nos difficultés mais aussi les jolis moments.

Avec mes collègues psychologue et coordinatrice nous nous sentons isolées. Pour le plaisir de se retrouver nous prenons quelquefois un café numérique par visioconférence comme si c'était comme avant. Quel plaisir de revoir les collègues en forme, d'apprendre que pour la plupart les enfants tirent profit de ce temps suspendu ! Et enfin, je fais des masques en tissu pour les collègues qui en veulent. Un ou deux au début, 15 aujourd’hui, la même quantité demain. Les collègues passent chercher leur commande en bas de mon balcon. Petit lien pour qu'elles sachent que même de loin je pense à elles, et j’essaie au mieux de prendre soin. Bientôt ce ne sera plus nécessaire, les vrais masques vont être livrés.

Ce temps entre parenthèses me demande de réinventer ma fonction. Mais je retrouverai avec plaisir mon poste quand le moment sera venu.

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