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J 23 - Les liens dans le bouleversement numérique !

Mis à jour : mai 12

`Le numérique comme support du lien, comment l'utiliser au service de la sécurité de base de l'enfant ?


Des collègues qui travaillent en protection de l'enfance me partagent que certains enfants, privés de visites avec leurs parents, vont mieux.

Cela va à l'encontre des idées reçues et du discours commun.


Comment comprendre cela ? Quel sens y mettre ? Il y a de quoi se questionner quand les juges demandent la traçabilité des contacts avec les parents pour répondre aux droits des parents (droits de visites d'ordinaire, transformés en droit de communication via téléphone ou visio-conférence).


Quand on travaille en protection de l'enfance, dans le quotidien des enfants, on remarque que certains sont stressés la journée avant la visite. Selon la fréquence de ces visites, cela peut être compris comme une tension mélangée à des attentes pour les enfants. Certains sont tellement contents de retrouver leur parents que l'impatience est aussi difficile à gérer.


Mais pour d'autre il en est complètement autre chose. Il y a des enfants qui font des cauchemars avant les visites (ou/et surtout après), il y en a qui font pipi au lit juste après un week-end chez papa, ou chez maman.


L'expression de l'enfant est limitée pour l'enfant qui est attaché à son parent, et qui malgré tout souffre d'être en présence de celui-ci (ou les deux).


Mais alors, comment repérer cet inconfort avec la communication à distance ?

Comment repérer que l'enfant ne se sent pas en sécurité avec son parent ?


Lors des visites, selon son âge, il vérifie avec son regard. C'est dans ces instants où le professionnel qui encadre les visites remarque que l'enfant scrute auprès de lui, si ou oui non c'est sécure pour lui. Ou alors, il utilise son regard pour alerter le professionnel, quand ça ne lui convient pas.

Ou encore, il se réfugie dans les jambes du professionnel. Quand il est intimidé en présence de son parent, ou reste dans un coin de la pièce.

La lecture des messages non verbaux de l'enfant, ses attitudes, son occupation de l'espace, la tension de son corps, ses expressions du visage, sa recherche d'un point de sécurité, sont des signes à repérer.


Qu'en est-il des enfants qui se figent ? Ceux qui regardent dans le vide ? Ou qui semblent absent d'un seul coup pendant la visite ?

Ces enfants montrent un traumatisme. Un traumatisme qui se réveille en présence du parent avec ses gestes ou ses paroles.


Alors je me demande, comment garantir la sécurité de ces enfants lors de communications numériques ? Comment leur expliquer, que nous allons les prendre en photo sur leur lieu de vie, surtout lorsque l'enfant investit cet espace comme un lieu de sécurité pour lui ? Comment lui permettre de garder cet espace comme un lieu sécurisant ? Et surtout quels signes observer dans ce contexte si particulier ? Comment se rendre compte du refus de l'enfant quand il ne peut verbaliser ? Ou même du traumatisme qui se réactive ?


J'ai souvenir d'enfants qui refusent d'être pris en photos par leurs parents, qui se figent quand le parent sort son téléphone pendant la visite, certains plus impulsifs peuvent se braquer et quitter la visite à cet instant. Lors de situations très traumatisantes, ou suspicion, ces signes montrent que des expériences très désagréables ont eu lieu et ont été reliées à la prise de photos et/ou de vidéo.


Pour continuer à prendre soin de l'enfant et de sa sécurité, gage de son mieux-être pendant le placement, je me dis que dans ces grands bouleversements professionnels, même les supports numériques méritent d'être pensés au cas par cas.


En discutant avec des collègues, des idées sont apparues, pistes de réflexion.

- donner des temps dédiés dans la journée pour la prise de photo/vidéo (tel jour à telle heure)

- demander à l'enfant dans quelle pièce (ou à l'extérieur) il préfère être filmé ou pris en photo

- dédier un espace pour les appels visio-conférence et encadrer ce temps avec l'éducateur référent

- vérifier la disponibilité de l'enfant, pour ne pas augmenter un stress ou une fatigue déjà présente.

- prendre la décision pour lui s'il n'arrive pas à dire non (certains enfants peuvent se soumettre au désir du parent)


Et vous comment faîtes-vous ?


Aube Plassais, équipe nationale pegase


Lire aussi sur ce blog au sujet de l'intérêt des visio-visites familiales ou visio-conférences numériques pour le maintien des liens en Protection de l'enfance :

Les enseignements du confinement

https://www.programmepegase.fr/post/j-25-les-enseignements-du-confinement


L'écran, un espace de rencontre

https://www.programmepegase.fr/post/j-47-l-%C3%A9cran-un-espace-de-rencontre


Ma mère va être toute seule

https://www.programmepegase.fr/post/ma-m%C3%A8re-va-%C3%AAtre-toute-seule

Interview de Christine sur le continuité du service public en Protection de l'enfance (dont les visites numériques en visio

https://www.programmepegase.fr/post/interview-de-christine-la-continuit%C3%A9-du-service-public-en-protection-de-l-enfance


Lettre d'un premier de tranchée

https://www.programmepegase.fr/post/lettre-d-un-premier-de-tranch%C3%A9e


Les liens dans le bouleversement numérique

https://www.programmepegase.fr/post/j-23-les-liens-dans-le-bouleversement-num%C3%A9rique


Ce blog me passionne et me met le cerveau en ébullition

https://www.programmepegase.fr/post/j-39-ce-blog-me-passionne-et-me-met-le-cerveau-en-%C3%A9bullition

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