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J 22 - Des nouvelles de Mulhouse...

Interview d’Isabelle, auxiliaire de puériculture, Pouponnière de l’Ermitage, Mulhouse, Haut-Rhin, 26 mars 2020

Depuis que nous sommes passés en confinement, et que les enfants ne voient plus leurs parents, comment vivent-ils cette situation dans notre Pouponnière ?

Au début, les enfants étaient un peu inquiets, très demandeurs de leurs parents. Notre rôle a surtout été de les rassurer, de leur faire comprendre que les parents ne venaient plus à cause du virus qui était à l’extérieur, que chacun devait se protéger, les enfants, les parents, les équipes, pour continuer à être là et à bien s’occuper d’eux.

C’était très angoissant pour les enfants, et difficile de bien comprendre, et d’être rassurés sur le fait qu’ils n’étaient pas oubliés par leurs parents. Nous avons été là pour être à l’écoute de leurs questions, pour leur parler de leurs parents, pour qu’ils restent vivants dans leur esprit. Avant de prendre conscience du virus, les enfants avaient peur que leurs parents ne veuillent plus venir les voir. Nous les avons rassurés, pour leur dire que si les parents ne venaient pas, ce n’était pas parce qu’ils ne voulaient pas, mais parce qu’ils ne pouvaient pas à cause du virus, pour les protéger.

L’Ermitage : certains enfants placés dans notre structure ne voient jamais leurs parents. Il est donc normal pour les autres enfants de craindre de se retrouver dans la même situation et de se questionner quant à l’absence de leurs parents.

Nous avons ensuite reçu une petite bande-dessinée de « Coco le Virus », qui explique en images et en texte ce qu’est le virus. Et là, les enfants ont vraiment compris que c’était à cause du virus que leurs parents ne pouvaient pas venir, et qu’eux ne pouvaient plus aller à l’école ou à la maison. J’ai senti un soulagement des enfants sur cette situation. Nous avons lu cette bande dessinée plusieurs fois, et maintenant l’information est bien intégrée. Les enfants parlent de leurs parents, ils leurs téléphonent, ils apprécient le lien possible grâce au téléphone. Les enfants sont complètement rassurés.

Et vous, comment vivez-vous cette situation en tant que professionnelle ? D’être confinée à la maison, et de seulement venir au travail ? Et qu’est-ce qui fait que cette situation est peut-être plus facile à vivre à la Pouponnière de l’Ermitage que dans une autre institution ?

Ce qui rend les choses plus faciles, est que pour commencer, nous sommes en contact avec des personnes saines. Nous venons travailler plus sereinement, on se sent moins en première ligne que d’autres soignants. Les enfants sont confinés, nous sommes à l’intérieur, nous sommes comme dans un cocon qui fait que nous nous sentons rassurées.

Cela fait 11 jours que les enfants sont confinés chez nous, nous ne sommes plus très loin de la période d’incubation maximale de 14 jours.

C’est vrai qu’au début, nous avions peur, nous ne savions pas ce qui nous attendait. On se disait qu’on pouvait croiser quelqu’un d’infecté, en sortant faire nos courses par exemple. Ma crainte était d’être porteur sain, de croiser quelqu’un d’infecté, et de ramener le virus au sein de la Pouponnière sans m’en rendre compte. Grâce au confinement à la maison, au confinement au travail, on voit que les jours passent, que personne n’est malade, et c’est rassurant.

Est-ce que vous trouvez que l’encadrement en général à l’Ermitage a été rassurant, dans la mise à disposition de matériel, dans l’organisation mise en place, dans les paroles qui ont pu vous être apportées ?

On a eu un manque de masque. Mais comme nous ne nous sentions pas malades, nous nous demandions si nous devions en porter ou pas. Les précautions d’usage et les gestes barrières sont très bien appliqués par toute l’équipe, tout le monde respecte les distances.

Note de l’Ermitage : Nous avons reçu des masques. Chacun pourra en porter, s’il l’estime nécessaire, si un enfant est malade dans le groupe, ou si lui-même a le rhume ou une petite toux. Nous avons également reçu 5L de solution hydro-alcoolique. Il a été compliqué pendant un moment d’en avoir, mais les commandes se remettent en route, et le Département va également en distribuer à toutes les MECS en fin de semaine. Mais nous sommes chanceux, nous ne sommes pas en première ligne face aux malades comme peuvent l’être les personnels des hôpitaux.

Est-ce que dans votre groupe, il y a des enfants habituellement scolarisés qui profitent en ce moment de l’école que nous avons organisé au sein de notre structure grâce aux bénévoles qui nous offrent de leur temps ?

Oui, un petit garçon profite de cette école et fait du soutien scolaire le matin. Après une petite appréhension, il est maintenant très content d’y aller.

Note de l’Ermitage : L’idée est de remettre un peu de normalité au cœur de la vie de ces enfants, qu’ils puissent continuer leur travail scolaire, grâce à des temps individuels avec des bénévoles. Nous avons également permis à une petite fille qui ira à l’école à la rentrée prochaine, de se familiariser avec l’enseignement scolaire.

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